Yanik

Kongo, une BD noire et lumineuse

Avec Kongo, Tom Pirabosco et Christian Perissin nous livrent une version dessinée du carnet de bord de Joseph Conrad lors de son expédition en terres congolaises à la fin du 19ème siècle.

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 Depuis sa plus tendre enfance, celui qui se nomme encore Josef Teodor Konrad Korzeniowski, rêve d’Afrique. Devenu capitaine de marine marchande, il saute des deux pieds dans l’aventure lorsqu’il lui est proposé de prendre le commandement d’un bateau navigant sur les eaux du fleuve Congo. Le rêve devient réalité. 

Le voyage tant désiré vers une destinée fantasmée vire pourtant à la désillusion. Choqué par le flot de violences déversé, l’homme assiste en témoin impuissant aux pires dérives de l’occupation européenne. Dés ses premiers pas, Conrad ressent que ce pays « si effroyable pour les blancs, parait bien pire pour les indigènes ».

Accumulant horreurs et injustices, le périple plonge peu à peu le héros dans un cauchemar inattendu.

Pour décrire une atmosphère oppressante et tendue, le choix du noir et blanc s’avère judicieux et adapté à la noirceur du contexte et des âmes. Cette option confère une patine historique aux vignettes et s’impose comme une évidence esthétique au fil des pages et du parcours ténébreux. Le coup de crayon épais aux lignes néanmoins fines de Pirabosco dépeint à merveille les sentiments sur les visages alors que l’aspect charbonneux donne un grain unique dont la maitrise offre une gamme infinie de nuances. 

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Véritable coup de maître, cet ouvrage transpose en images et avec brio, les mémoires de Joseph Conrad dont les romans écrits après cette aventure* constitueront une critique rare de la colonisation à une époque où l’impérialisme occidental est à son apogée. Le britannique, polonais d’origine, ne se laisse pas trompé et, dans toute sa lucidité, perçoit derrière le masque de la philanthropie le vrai visage du colonialisme dont le but ultime réside dans le pillage du territoire.

De basses manœuvres derrières les bonnes intentions, une critique encore et toujours d’actualité dans plusieurs régions du continent.      

 

Kongo, de Tom Pirabosco et Christian Perissin

Edité par Futuropolis

Publié en 03/2013

 

« Un avant poste du progrès » publié en 1897

   « Au cœur des ténèbres » publié en 1899


Blue Noses, les trublions du Pop Art moderne

Rencontrés lors du festival Russenko organisé par la mairie du Kremlin-Bicêtre, les Blue Noses sont de ceux qui ne laissent pas indifférent. Energie et humour décapant sont les ingrédients de cette folle brise en provenance de Sibérie.

Blue Noses "From Siberia with love"
Blue Noses « From Siberia with love »

From Siberia with love

Originaires de Novossibirsk, le collectif Blue Noses (baptisé ainsi depuis une vidéo de 1999 sur laquelle ils arboraient des bouchons bleus en plastique en guise en nez rouge) présentait une exposition composée de fragments photographiques et vidéo issus de précédentes expositions. Une sorte de compilation de leur travail intitulée « From Siberia with love », un aperçu idéal de l’état d’esprit insufflé par ces turbulents artistes.

 

L’humour au service de vulgarisation

Incisifs et drôles, les trublions nous font rire en déconstruisant les clichés de la puissance russe, en s’attaquant aux icones révolutionnaires, en critiquant les travers de nos sociétés modernes, en moquant l’hermétisme du monde de l’art contemporain…

Pour faire passer ses idées, l’œuvre puise beaucoup dans le Pop Art (dans l’exécution ainsi que dans le discours) mais aussi auprès d’artistes dont la réflexion porte sur l’image à l’instar de John Baldessari.

Si la démarche artistique est réelle, elle est parfois masquée par une dimension comique dominatrice qui soulève la question de la compatibilité entre l’art et l’humour. Interrogé à ce sujet Alexander Shaburov, le leader et porte parole du groupe, l’avoue : « il arrive que nous ne soyons pas pris au sérieux, certains pensent que démocratiser l’art c’est le décrédibiliser, or notre but est de le mettre à la portée de tous ».

 

Blue Noses "Policiers s'embrassant" 2004
Blue Noses « Policiers s’embrassant » 2004

 

Un vent de liberté pas toujours toléré

Cette volonté passe par la nécessité de ne pas mentir et de dire la vérité sur des sujets qui leur tiennent à cœur. Dans ce sens, les poils à gratter sont confrontés à la censure dans un pays où les autorités n’ont pas un sens développé de l’autodérision. « Nous avons eu beaucoup d’ennuis mais les choses s’améliorent » confie Shaburov, « même s’il est impossible d’avoir accès aux musées publics, on peut exposer dans des galeries privées ». De même, « il est désormais plus facile de sortir du territoire russe alors qu’avant le Ministère de la Culture nous faisait barrage par crainte du scandale » explique-t-il en faisant référence à la série de baisers entre personnes de même sexe, perçue comme pouvant donner une mauvaise image à l’extérieur.  

Si la subversion de ces clowns venus du froid dérange en leur propre pays, il faut croire qu’elle incommode jusque dans l’hexagone, puisque une œuvre d’extérieur à été vandalisée durant le festival. Installés au pied de l’hôtel de ville des portraits d’inspiration warohlienne détournaient des célébrités russes telles que Staline, Lénine ou Tolstoï en panneaux de basket. Dommage que les auteurs de ces méfaits n’aient pas cherché à se renseigner sur le travail des créateurs et sur leurs réelles intentions avant leur passage à l’acte…  

A la découverte des dommages occasionnés, Les Blue Noses ne s’offusquaient même pas. Leur philosophie étant de faire en sorte que les gens comprennent, s’approprient leurs œuvres, y participent, les imbéciles auront d’une certaine manière appliqué les deux derniers commandements sans toutefois avoir pris le temps nécessaire et préalable pour la compréhension. 

Staline revisité par les Blue Noses (Yanik)
Staline revisité par les Blue Noses (Yanik)


La Russie, au-delà des mythologies

Inaugurée pour le coup d’envoi du festival Russenko, l’exposition « La Russie, au-delà des mythologies » est visible jusqu’au 22 février dans le cadre, rarement ouvert au public, du Grand Réservoir de l’Hôpital Bicêtre en Île de France . 

Anna Slakdmann « Petits adultes » (Yanik)

Présentée en partenariat avec le Multimedia Art Museum Moscow dont la directrice Olga Sviblova assure le commissariat de l’exposition, l’événement nous offre à découvrir une Russie placée sous l’objectif de quatre photographes qui tire le portrait d’un pays au travers de sujets divers et métaphoriques.

 

Moderne anthropologie

Sous les voutes et les murs du 18e siècle, l’espace rectangulaire laisse un côté à chaque artiste en guise de territoire. Sur les parois les plus courtes sont accrochées les œuvres de deux jeunes talents dont le centre de l’attention se porte sur des êtres vivants.

Profondément attaché à la dimension humaine, Ivan Mikhailov nous propose une série de portraits familiaux à caractère exclusivement féminin. A travers ces lignées de mères et de filles, celui qui a parcouru le pays pendant des mois dans ce but, livre une tendre réflexion sur le temps et la nature des liens familiaux, ainsi qu’un reportage sur la diversité ethnique, sociale et culturelle de cette nation. Soucieux de s’inscrire dans la tradition du portrait de famille d’antan, il utilise un sublime noir et blanc qui magnifie d’autant plus ce vibrant hommage à la Femme. 

L’œil d’Anna Slakdmann, quant à lui, s’est porté sur des enfants. Pas n’importe lesquels, puisqu’il s’agit de la progéniture dorée de la nouvelle richesse moscovite. Fascinée par cette génération née dans l’extrême opulence, la photographe décide de s’intéresser à cette jeunesse pas tout à fait comme les autres. Un travail de longue haleine lui permet de pénétrer dans l’intimité des ces garçons et filles qu’elle immortalise dans leur environnement quotidien. Chaque composition raconte toute une histoire, dessinée avec de nombreux détails à la manière d’une toile de Diego Velasquez. Sérieuse et sûre d’elle, cette nouvelle aristocratie pose avec fierté,  transportant avec elle toutes les contradictions de la richesse récemment acquise.           

 

Ivan Mikailov "Mères et filles"
Ivan Mikailov « Mères et filles »

 

Visions rétro-futuristes

Sur les bords longs se font face des travaux ayant pour objet les reflets de projets urbains d’une autre ère. D’un côté, Tim Parchikov pose son objectif sur Magnitogorsk, une mono cité créée dans les années 1930 autour de l’exploitation de minerai. De nos jours encore, cette ville d’un demi-million d’habitants vit encore exclusivement par et pour et son usine, mais pour combien de temps encore ? Un questionnement esthétique par le biais de visages fatigués ou de décors industriels du siècle passé et pourtant actuels.

 Un décor qui pourrait évoluer vers les scènes désertes captées par Sergey Shestakov. Dans son projet baptisé « Journey to the future »,  celui-ci focalise sur une base militaire construite dans les années 1950 pour y développer un programme nucléaire. Peu à peu démantelée à la veille du second millénaire, la ville ne compte plus le moindre habitant depuis 2002. Un environnement surréaliste à l’origine d’une production surprenante. A partir de la ruine et de la désolation, l’artiste réalise une œuvre graphique et poétique dans laquelle il retranscrit une splendide lumière propre à constituer une vraie signature.

 

Sergey Shestakov "Journey to the future" (Yanik)
Sergey Shestakov « Journey to the future » (Yanik)

 

« La Russie, au-delà des mythologies »

Jusqu’au 22/02/2014

Grand Réservoir de l’Hôpital Bicêtre, 94270 Kremlin-Bicêtre

Entrée libre du mardi au samedi de 13h à 19h


Festival Russenko, la Russie en partage

Pour la cinquième année consécutive, la ville du Kremlin-Bicêtre organisait le week-end dernier le festival Russenko ; trois soirées et deux journées dédiées aux cultures russes et russophones dans toutes leurs diversités, et sous toutes les formes.

Mettre ce pays à l’honneur dans une commune qui porte en son nom le symbole moscovite du pouvoir étatique, une évidence pourrait-on penser, d’autant plus que la mairie développe activement un accord de coopération avec le district de Dmitrov, situé à soixante kilomètres de la place rouge. Les échanges entre les deux collectivités, dans les domaines du social et du culturel, débouchèrent naturellement sur l’idée d’une manifestation pour rapprocher les deux populations.  Le mot d’ordre est donc lancé ; se découvrir, autour de la diversité culturelle produite aujourd’hui dans la vaste Russie. 

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Dans la diversité, la vérité 

Que l’on soit fin connaisseur ou simple curieux, les ponts pour participer à l’aventure sont multiples ; littérature, cinéma, photographie, arts numériques, gastronomie, danse, musique… autant de sensations et d’émotions qui permettent d’en savoir beaucoup plus sur un pays que les actualités relayées par nos médias traditionnels et dont le contenu, il faut l’avouer, renforce bien souvent les stéréotypes déjà bien établis dans les esprits.

Exit le torse épilé de Vladimir Poutine. Derrière les biscotos, la mâchoire carrée et le regard acéré de son président se cache une toute autre Russie, authentique, généreuse, critique, alternative, éloignée, isolée, classique, dynamique, moderne et traditionnelle, en un mot : la vraie Russie ! 

Portrait familial signé Ivan Mikhaylov (2012)
Portrait familial signé Ivan Mikhaylov (2012)

 

Un autre folklore 

Et pour accomplir sa mission, la programmation du festival ne verse pas dans la facilité, misant le plus souvent sur des expériences totalement inédites en France.

Ainsi, ce qui peut apparaître comme attendu sur le papier devient surprenant comme le fut la soirée Russ’Orchestra du samedi soir. Mélange de populaire et classique, le répertoire de l’orchestre philharmonique de Novossibirsk revisite des monuments de la grande musique aux sons d’instruments traditionnels tels que les balalaïkas (sorte de guitare triangulaire), domras (instrument à cordes ressemblant à une mandoline ronde), bayans (accordéon chromatique) et gusli (à la croisée de la lyre et de la cithare). Pour sa première visite hexagonale, la formation d’une cinquantaine de musicien a régalé un nombreux public en offrant des réinterprétations de compositeurs russes mais aussi français. 

Pour les spectacles plus folkloriques, les organisateurs sont allés en Sibérie chercher des prestataires dans la ville d’Irkoutsk d’où provenaient un groupe de chanteurs traditionnels et une troupe de danse. Cette dernière, composée d’enfants et d’adolescents, a illuminé le centre commercial Okabe par des danses et costumes représentant diverses parties du pays. Avec leur dynamisme à toute épreuve, les gamins ont fait voyager les nombreux badauds, des régions slaves aux parties asiatiques, amassés autour et au-dessus (depuis les étages supérieurs) de l’espace scénique. Faisant participer le public, le groupe juvénile a transmis sa joie et fait vivre un beau moment d’échange aux spectateurs stoppés nets dans leur élan consumériste.  

L'orchestre philharmonique de Novossibirsk (Yanik)
L’orchestre philharmonique de Novossibirsk (Yanik)

 

Une jeunesse bouillonnante 

Entre un air de balalaïka et un chant cosaque, on pouvait aussi écouter du rock indépendant énergique avec le trio Trud. Rythmiques rapides et paroles saccadées transmettent une sensation de désenchantement et de mal être dans une jeunesse russe qu’un débat se proposait d’analyser le dimanche sous le titre « Avoir 20 ans en Russie ».

Résidents russes ou exilés, de jeunes réalisateurs et photographes nous ont également livré leur vision d’un panorama fragmenté. Là où les clichés d’Alexander Gronsky esthétisent une architecture postsoviétique désolée,  ceux de Sergeï Chestakov élaborent une œuvre graphique composée de vestiges industriels abandonnés. Alors qu’Ivan Mikhailov expose la diversité ethnique et sociale au travers d’une série de portraits familiaux, Anna Skladmann focalise sur la progéniture dorée de la nouvelle richesse moscovite.

Entre modernité et passé, cette génération créatrice semble obsédée par un devoir de mémoire comme si elle se refusait d’oublier d’où elle vient. Certains le font en immortalisant les résidus de l’ère communiste, d’autres en racontant des histoires témoignant de migrations internes liées aux évolutions géopolitiques. Parmi les œuvres puisant leurs racines dans le passé, on peut citer le remarquable court-métrage « Come and play » de Daria Belova dont le magnifique grain du noir et blanc en 16mm confère une dimension esthétique et historique à ce film déstabilisant où la beauté n’a de rivale que la violence.

Présente dans les longs métrages présentés (« Portrait au crépuscule » d’Angelina Nikonova et « Le collectionneur de balles » d’Alexandre Vartanov), la violence est physique et/ou sociale, en premier plan ou en arrière fond dans de plusieurs travaux exposés. Source d’inspiration pour les uns, elle constitue un fond de commerce pour la mafia russe dont les activités sont à la base d’un renouveau littéraire expliqué lors d’une rencontre intitulée « La pègre russe dessapée par le polar ». 

Une fresque adhésive réalise par Iris Veverka (Yanik)
Une fresque adhésive réalisée par Iris Veverka (Yanik)

 

Des visions dissidentes 

Dans un tout autre registre, la mafia est moquée par les Blue Noses, une bande d’artistes farceurs venus de Novossibirsk. Dans cette ville sibérienne d’un million et demi d’habitants est né ce collectif déjanté et provocateur dont l’œuvre détourne les icones russes et dénonce les travers et absurdités de nos sociétés modernes. Si des prises de positions ont pu leur valoir quelques ennuis avec les autorités (en particulier une série photographique représentant des baisers entre personnes de même sexe), le leader du groupe Alexander Shaburov estime que les espaces de libertés existent néanmoins.

Ce dernier sentiment converge avec la fraicheur des intervenants de la table ronde ayant pour thème « Humour et politique », au cours de laquelle on a pu découvrir les deux créateurs d’un compte twitter parodique de la présidence. Par ce médium, le duo rieur et enjoué se permet une satire crue de la parole officielle du Kremlin. Regards malicieux et visages radieux, les compères s’avouent presque étonnés de ne pas être plus inquiétés.

Plus sage, le dessinateur caricaturiste Sergei Elkin opte pour la voie de l’auto censure, préférant ne pas s’attirer les foudres du pouvoir en place comme a pu les essuyer Tatiana Lazareva dont les prises de position lui ont couté son poste de présentatrice de télévision.      

Blue Noses "Policiers s'embrassant" 2004 (Yanik)
Blue Noses « Policiers s’embrassant » 2004 (Yanik)

 

Des tables rondes à la table 

Support de débats et de conférences sur des thèmes hétéroclites, la table fut aussi à l’honneur dans sa fonction nourricière. Pour le peuple de bouche que nous sommes, le programme alléchant avait attiré gourmands et gastronomes lors du banquet russe d’ouverture ainsi que pour des cours de cuisine. Devant un parterre fourni, les chefs français et russes se sont succédés sur l’estrade pour dévoiler les secrets de confection de recettes typiques ou métissées d’ingrédients provenant des deux pays. Echanges avec le public, dégustation à l’issue de la démonstration, cette découverte par l’angle culinaire symbolise à merveille l’état d’esprit insufflé dans cette manifestation.

 

Autour d’un mets, d’un livre, d’une œuvre ou d’une musique  le dialogue permanent entre les créateurs et les participants instaure une proximité et une complicité rare dans un festival. Par l’intermédiaire d’interprètes, toutes les questions sont permises et l’échange global crée une émulsion source de bonne humeur. De cette communication verticale découlent des  conversations horizontales (tantôt avec le voisin de droite, parfois avec la personne de gauche) et une découverte enrichie par de délicieux moments de partage.      

 


MOOC, le savoir pour tous

Accueil du site FUN (capture d'écran)
Accueil du site FUN (capture d’écran)

Initiée aux Etats-Unis, cette nouvelle façon d’enseigner et d’apprendre arrive enfin de façon significative et structurée en France. 

Kezako MOOC ? 

Tout d’abord, ne pas confondre le MOOC et le Mook, deux termes à la mode ces derniers mois.

Mook est la contraction des mots anglais magazine et book, il est utilisé pour désigner un nouveau format de presse en vogue actuellement, dont les parutions sont aussi épaisses que des livres. Dans ce rayon, on trouve notamment les excellents titres XXI, 6Mois, France Culture Papier, The Good Life…

MOOC en revanche est un acronyme dont la signification est Massive Open Online Course, ce qui donnerait dans la langue d’Aimé Césaire quelque chose comme « cours de masse en ligne ouvert à tous ». 

Depuis le début des années 2000, plusieurs universités américaines diffusaient des cours magistraux sur le web. Mais cette forme d’enseignement prend un essor fulgurant en 2012, notamment grâce au fait que les principaux établissements se soient réunis pour créer des plateformes collectives qui tournent désormais à plein régime. Avec les sites Udacity, Coursera ou Edx, l’internaute peut suivre des cours dispensés par des professeurs d’institutions aussi prestigieuses que Harvard, Yale, Princeton, MIT, Stanford ou Columbia pour ne citer que les plus connues.

Par le biais de ces plateformes, on peut accéder d’un clic, à des centaines de cours à contenu académique dans de nombreuses matières. Généralement étalé sur un trimestre, le cours offre chaque semaine à l’étudiant une section comprenant des parties vidéo et des supports écrit pour approfondir le sujet. 

Le principe est tout simplement révolutionnaire, puisque depuis l’inscription jusqu’à la fin du cours, tout est entièrement gratuit. 

Un échantillon des cours disponibles (capture d'écran)
Un échantillon des cours disponibles (capture d’écran)

 

La France désireuse de rattraper le retard 

Face au phénoménal succès de ces initiatives américaines, la France a décidé de créer sa propre offre de MOOC. A l’initiative du ministère de l’Enseignement supérieur, celle-ci a pris forme avec la plateforme FUN ; France Université Numérique.

Ouvert aux inscriptions depuis l’automne dernier, le site a mis en ligne ces premiers cours la semaine dernière. Ils sont au nombre de 25 déjà entamés, et 30 sont en cours de création pour une mise en ligne dans le courant de l’année.  Environ 100.000 personnes ont été séduites par l’idée et sont d’ores et déjà inscrites dont 86% en France, 7% en Afrique et 5% en Amérique.

La France croit fort en cette forme d’apprentissage et semble se donner les moyens de combler le retard en la matière. Pour inaugurer les débuts de FUN, Geneviève Fioraso annonçait lors d’une conférence de presse le déblocage de 12 millions d’euros supplémentaires pour développer l’offre.

 

Suivre l’exemple des précurseurs 

Le principe en France est le même qu’aux Etats-Unis. Puisque ça marche outre-Atlantique, autant copier les recettes ayant prouvé leur succès. Ainsi la plateforme FUN est tout simplement une reproduction de celle d’Edx, même visuel, même graphisme, même construction et articulation des cours. 

Si la forme est identique, certains éléments de fond diffèrent cependant. Pour avoir suivi des cours au thème similaire sur les deux sites, voici mes premières impressions.

Les vidéos diffusées sur Edx sont spécialement réalisées en plateau pour les MOOC alors que, pour le cours suivi sur FUN, il s’agissait d’un vrai cours magistral capté en amphithéâtre. Cela parait encore plus valorisant, l’étudiant numérique a ainsi l’impression de suivre le même enseignement que l’élève de Sciences Po par exemple.

Le contenu également semble plus approfondi, plus académique et peut-être plus exigeant sur la version française, mais cela reste une impression et peut aussi dériver de la personnalité du professeur, de la manière de transmettre son savoir, de sa façon d’aborder le sujet… 

Au rayon des points à améliorer, on peut regretter l’absence d’un script écrit à coté de la vidéo. Cet outil est fort appréciable pour un étudiant dont le français n’est pas la langue maternelle. Car si les MOOCs s’adressent aux étudiants français, ils se doivent aussi d’attirer les étrangers pour contribuer à préserver le prestige de nos établissements les plus reconnus.

Ensuite, si un forum existe et permet aux étudiants d’échanger, l’utilisation des réseaux sociaux encore absente semble aussi être une étape indispensable pour développer et entretenir la dynamique.

Enfin, la délivrance d’un certificat  ainsi que les tests de compréhension à la fin de chaque séance n’ont pas été repris. Un autre point regrettable car cela pouvait procurer une source de motivation et d’encouragement pour l’étudiant solitaire.     

Les premiers chiffres des débuts (site FUN)
Les premiers chiffres des débuts (site FUN)

 

Une ressource dont l’enjeu est primordial 

Pour les internautes, l’intérêt réside dans la facilité d’accès. Tout le monde peut s’inscrire sans condition d’âge, de diplôme ou de statut. Que l’on soit étudiant, salarié, chômeur ou retraité, on peut suivre l’enseignement dispensé par le professeur d’un établissement reconnu à son rythme, depuis son domicile. Plus de barrière de distance, de temps ou de prix.

Pour l’état et le monde universitaire, les enjeux sont nombreux. Les amphithéâtres sont bondés, et ce nouveau format pourrait devenir à terme une alternative à l’enseignement traditionnel.

Enfin, dans la bataille de compétitivité à l’échelle mondiale, le savoir est un enjeu stratégique. Attirer des étudiants étrangers permet d’exercer une certaine forme d’influence, en ce sens le nouvel outil numérique doit aussi être perçu comme un appareil participant au « soft power » d’un état. 

Formidable ressource pour les utilisateurs avides de savoir, le MOOC est au cœur de la réflexion sur l’enseignement, au carrefour d’enjeux d’ordres internes et internationaux. La mise à disposition de cette nouvelle plateforme constitue une aubaine pour de nombreux internautes. Faisant le bonheur des inscrits, elle attend les nouveaux car ici il n’y a pas de retardataire, le savoir est pour tous et à tout moment !


Fumée roumaine, flou artistique

Classé en deuxième position du Top 10 des cambriolages d’œuvre d’art publié cet été, le vol qui se déroula au Musée Kunsthal de Rotterdam dans la nuit du 15 au 16 octobre 2012 s’avère aussi spectaculaire qu’expéditif. L’épisode judiciaire de cette aventure nocturne aboutit en fin d’année dernière à la condamnation des malfrats tout en laissant la question de la situation des œuvres en suspens. 

« Tête d’Arlequin » Pablo Picasso, 1971 (source: Interpol)
« Tête d’Arlequin » Pablo Picasso, 1971 (source: Interpol)

Kunsthal Express

Les caméras de sécurité montrent deux individus entrer dans le musée à 3h22 et en ressortir…96 secondes plus tard. Un cambriolage express, sans aucun doute le plus important de ces dix dernières années, subtilisant en un éclair sept tableaux signés des maitres Pablo Picasso, Henri Matisse, Paul Gauguin, Claude Monet, Lucian Freud et Meyer de Haan.

Une rapidité déconcertante…

 

La piste roumaine

Après cinq mois d’enquête, les policiers néerlandais parviennent au mois de mars 2013 jusqu’à un appartement de Rotterdam où les tableaux auraient séjourné dans les heures et/ou jours suivants le larcin. Son occupante, une jeune femme de nationalité roumaine ne dévoilera rien au sujet des toiles mais permettra aux investigateurs de remonter la piste jusqu’aux auteurs du méfait, tous basés en Roumanie.

Agé de vingt neuf ans, Radu Dogaru est l’auteur principal de ce summum de la cambriole. Avec cinq complices, il comparaissait le 26 novembre dernier à la barre du tribunal de Bucarest qui le condamna à six ans et huit mois d’emprisonnement pour des faits au préalable reconnus.

  

« Woman with eyes closed » Lucian Freud, 2002 (source: Interpol)
« Woman with eyes closed » Lucian Freud, 2002 (source: Interpol)

 

Une négligence muséale

Pour sa défense, l’avocat de M. Dogaru n’a pas hésité à charger le système de sécurité du Kunsthal, menaçant de poursuivre l’institution en justice pour non respect de la législation néerlandaise sur les mesures de sécurité applicables dans les musées.

Si ce genre d’argument n’est pas de nature à exonérer la responsabilité de son client, il mit clairement la pression sur la victime du vol. En effet, aucun des tableaux dérobés n’étaient doté d’une alarme, ce qui positionna le musée dans un grand embarras car de telles allégations de négligence pourraient avoir des conséquences en matière d’indemnisation de la part de la compagnie d’assurance.

  

« La liseuse en blanc et jaune » Henri Matisse, 1919 (source: Interpol)
« La liseuse en blanc et jaune » Henri Matisse, 1919 (source: Interpol)

Les toiles en fumée

Si les coupables on été condamnés, le sort réservé à leur butin, estimé à plus de dix huit millions d’euros, reste totalement inconnu.

Avant de mettre la main sur le fils, les policiers roumains avaient interrogé la mère, Olga Dogaru dont les propos ne rassurèrent guère quant au sort des œuvres. Dans un premier temps, la maman protectrice avoua les avoir brûlés dans son poêle à bois pour faire disparaître les preuves. Elle se rétracta ensuite lorsqu’elle comprit que cet acte pourrait lui attirer de graves ennuis.

Saisies par la justice roumaine, les cendres de l’âtre d’Olga ont cependant parlé. Chargé de les examiner, Ernest Oberlanger-Tarnoveanu, le directeur du musée national d’histoire de la Roumanie est catégorique sur la présence de résidus d’au moins trois tableaux dans les restes carbonisés. Bien qu’il n’ait pas pu confirmer s’il s’agissait bien des toiles en question, la présence de pigments utilisés au XXe siècle ne laisse que peu d’espoir de revoir un jour les sept peintures subtilisées aux Pays-Bas.

 

La première version de la mère parait de plus en plus vraisemblable, mais il reste toutefois à déterminer si tous les tableaux ont été ainsi détruits, ou si certains ont réchappés à l’épreuve du feu. Ces questions feront l’objet d’un nouveau procès au cours duquel Mme Dogaru devra répondre de ces actes. 


Un édile gabonais comme les autres

Ce qui aurait pu causer fortes polémiques et grandes discussions ailleurs s’est déroulé sans grand émoi dans le pays présidé par Ali Bongo Ondimba. Le dimanche 5 janvier 2014, le Gabonais Claude Sezalory a été élu maire de la commune d’Akanda, située au nord-est de la capitale. Pourquoi parler de cet évènement ici, tout simplement parce que le nouveau premier magistrat de cette ville a la peau blanche, ce qui semble constituer une première dans ce pays d’Afrique équatoriale. 

Claude Sezaroly, le nouveau maire d'Akanda (Koaci.com)
Claude Sezaroly, le nouveau maire d’Akanda au Gabon (Koaci.com)

La peau blanche oui, mais le cœur bel et bien gabonais. Comme il le dit sur le site Africatime : « Je suis Français de naissance, mais je suis Gabonais d’âme et d’esprit (…) je suis arrivé avec mes parents au début des années 1950, j’ai fait toute ma vie ici ».  

En effet, l’homme qui a débarqué dans le pays à l’âge de sept ans y a accompli ensuite toute sa scolarité ainsi que sa carrière professionnelle devenant agent et promoteur immobilier influent dans la région.

La municipalité nouvelle-née entre donc dans les annales avec ce maire dont les priorités sont notamment l’aménagement des voiries, la construction du plus grand et plus beau marché d’Afrique centrale ainsi que la construction d’écoles, de dispensaires et de parcs pour enfants. 

Dans ce pays d’un million et demi d’habitants plus vaste que le Royaume-Uni, cette élection ne déclenche pas de vagues de critiques ou de commentaires démesurés ou nauséabonds comme on pourrait les lire ou les entendre en France dans d’autres circonstances. Sans doute, l’étiquette PDG (Parti démocratique gabonais, le parti au pouvoir) a aidé la liste de M. Sezalory à conquérir le pouvoir avec 58 % de votes obtenus. La localisation constitue également un paramètre puisque la commune rassemble les quartiers riches du nord de Libreville et le Cap Estuarias, avec vraisemblablement une population aisée peut-être plus réceptive à ce type de différence et tout simplement sensible à son appartenance au monde des affaires. 

André Guillabert, ancien maire de Saint Louis au Sénégal (site de la ville de St Louis)
André Guillabert, ancien maire de Saint-Louis au Sénégal (site de la ville de Saint-Louis)

Nouveauté au Gabon, un tel fait s’est pourtant déjà produit en Afrique subsaharienne.  Sur le continent où plusieurs premières dames sont d’origines françaises, d’autres exemples d’élus à la peau claire existent.

Au Sénégal, André Guillabert fut maire de Louga puis de sa ville de naissance, Saint-Louis. Cet avocat diplomate et proche de Jacques Chirac s’est vu confier les rênes de la représentation extérieure de son pays en devenant ambassadeur puis (très brièvement) ministre des Affaires étrangères du Sénégal.

De nos jours, on trouve aussi une femme aux commandes de la ville d’Akono au Cameroun. Originaire de Valenciennes, cette veuve très impliquée dans la vie locale depuis longtemps gère les affaires de cette commune de prés de 20 000 âmes située à 60 km de Yaoundé.

Enfin, encore plus original et plus exotique, on a vu une Chinoise de naissance se présenter aux élections législatives de novembre dernier au Mali. Astan Coulibaly ou Yu Hong Wei n’a récolté que 6,58 % des suffrages dans la circonscription de Segou où elle se portait candidate, mais elle représente à mes yeux un beau symbole des effets positifs (car il y en a beaucoup !) de la mondialisation.

 

Parce que la couleur de peau ne fait pas le citoyen, elle ne préjuge pas non plus de la qualité d’un élu. Les Gabonais nous livrent à travers cet exemple une expression de tolérance dont beaucoup gagneraient à s’inspirer. 

Ya Hong Wei dite Astan Coulibaly au Mali (Bamada.net)
Ya Hong Wei dite Astan Coulibaly au Mali (Bamada.net)


Olentzero, le petit Papa Noël basque

Olentzero arrive en ville (crédit: Hendaye Blog Sudouest)
Olentzero arrive en ville (crédit: Hendaye Blog Sudouest)

A l’heure où la dernière fenêtre du calendrier de l’avent a été ouverte, les enfants de France attendent, plus ou moins sagement, l’arrivée du Père Noël. Pourtant certains petits Français ne guettent pas le passage du célèbre bonhomme en rouge et blanc, mais la venue d’un être beaucoup moins glamour, mais tout aussi généreux ; Olentzero. 

Au Pays Basque, Santa Claus connaît la concurrence locale d’un personnage traditionnel dont on peut faire remonter l’existence jusqu’au 17e siècle. Olentzero est un charbonnier tout droit descendu de la montagne avec ses manières rudes et son visage couvert de suie. A l’origine il dévalait les vallées d’Euskal Herria pour annoncer la nouvelle année. Puis le message s’est christianisé, et l’on disait alors qu’il venait acclamer la naissance du Christ. Aujourd’hui il se substitue clairement au Papa Noël, passant lui aussi par la cheminée pour déposer des cadeaux. 

Si son rôle a évolué au fil des siècles, la nature de ses dons s’est également transformée. Jadis, distributeur de charbons et de bûches pour permettre aux familles de chauffer leur foyer durant l’hiver, l’homme à la pipe apporte désormais friandises et présents aux enfants.

 S’il n’y a plus de différence à ce jour entre la fonction des deux personnages fictifs, la version basque est pourtant bien loin de l’image façonnée pour le barbu du pôle Nord. A l’opposé du caractère lisse de ce dernier, Olentzero est un être fantasque et politiquement incorrect. Tout droit venu de la montagne, il ne connaît pas les bonnes manières et peut parfois être grossier. Sale, à cause de sa profession, il éprouve un penchant pour de nombreux vices ; fumeur de tabac, il ne sort jamais sans sa bouteille de vin et se remplit la panse de nourriture bien plus que de raison. En quelque sorte, il est la parfaite métaphore de tous les excès souvent accumulés pendant cette période de l’année.  

Alors qu’il a totalement supplanté le Père Noël dans la partie sud du Pays Basque (Hegoalde, situé en territoire espagnol), où les bambins sont gâtés par Olentzero à Noël puis par les Rois Mages à l’Epiphanie, il doit batailler dur dans le Nord (Iparralde, situé sur la République française)  pour faire sa place auprès des populations non bascophones. Même si Papa Noël y tient toujours le premier rôle, notre Olentzero tient cependant une place bien particulière, devenant sous cet angle un symbole régionaliste face à la mondialisation. 

EGUBERRI ON DENERI !!! / JOYEUX NOEL A TOUS !!!


Yanik Musik: La Playlist de Novembre 2013

Ryszard Kosek "Surboum aux WC" 2010 (Yanik)
Ryszard Kosek « Surboum aux WC » 2010 (Yanik)

 

Cette playlist se sera faite attendre jusqu’au dernier moment ! Ultime journée du mois mais enfin la voilà, bien campée sous vos yeux et bientôt dans vos oreilles pour préparer vos pavillons à attaquer l’hiver. 

 

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1-      Half Moon Run “Give up”

Petite foulée dans le froid canadien 

2-      Griefjoy “Taste me”

Goûter le souffle délicat des mélodies composées par ce groupe niçois 

3-      Metronomy “I’m Aquarius”

Une douceur de plus conçue par des britanniques qui confirment album après album 

4-      Kisses “The hardest part”

Une pop sophistiquée élaborée sous le soleil californien 

5-      Maps “A.M.A”

Sa majesté Elizabeth n’en finit de produire des musiciens de qualité 

6-      Nasser“Out of control”

Loin des clichés véhiculés autour de Marseille, voici Nasser! 

7-      Morcheeba “Gimme your love”

Le retour de ces britanniques étaient attendus depuis longtemps…enfin ! 

8-      Prince “Breakfast can wait”

Restons sous la couette…

9-      Ayo “Ticket to the world”

Sensibilité, folk, hip hop et rap, ce titre synthétise à merveille l’album éponyme 

10-  Sebastian Sturm « More music »

Les vibrations du reggae rayonnent en Allemagne et partout dans le monde 

11-  M.I.A « Double bubble trouble »

Toute l’énergie de la sale gosse originaire du Sri Lanka 

12-  La Yegros « Viene de mi »

Tout un monde à elle toute seule…viene de Argentina


Le soir où la France dansa la samba

(AFP / Franck Fife)
(AFP / Franck Fife)

Comme tous les soirs, mon compatriote était hier à 21 heures devant sa télévision. La main sur sa bière et les yeux rivés vers l’écran, il tournait sa langue dans sa bouche afin d’échauffer le muscle pour invectiver au mieux ses sportifs mal aimés préférés.

Quatre-vingt-dix minutes plus tard, l’heure n’est plus à la critique, mais  à la joie débordante ; la France a gagné.  

Un souffle d’espoir

Coup de sifflet final, les Bleus tant décriés depuis des années, ont réussi à renverser la vapeur et à se qualifier pour la Coupe du monde 2014. Inscrits par Mamadou Sakho et Karim Benzema, les buts synonymes de passeport pour Rio font oublier l’espace d’un instant le climat délétère régnant actuellement sur l’Hexagone. La lente dérive raciste ayant connu un pic la semaine dernière marque enfin une pause sous l’effet de la victoire.  

Ce mardi, sur la pelouse de Saint-Denis, il n’y avait pas de racailles, de terroristes ou de singes, mais des Français revêtus d’un maillot frappé du coq. Ce que certains entendent nier au quotidien apparaît dans ces moments comme une évidence, nous sommes TOUS des citoyens français.

Petite claque aux intolérants de tout bord, notre pays peut gagner, y compris et surtout avec ses minorités. 

 

Une euphorie éphémère

Alors il fallait bien fêter ça. Ivre de joie, mon compatriote a sauté dans les bras de son voisin pour communier autour d’un succès interprété comme celui de tout un pays, alors qu’il s’agit en réalité du travail d’un groupe de personnes sur et autour du terrain. Et ceux qui se préparaient au lynchage du onze tricolore portent les joueurs aux nues, du rang de parias à celui d’idoles.

Au diable les soucis, dans les bars, les salons et sur les réseaux sociaux, on scande à tue-tête « On va au Brésil, on va au Brésil ! ». Les joueurs oui, les citoyens… une infime marge de la population pourra vraiment se le permettre.

Le rêve n’aura duré qu’une nuit. Le lendemain, il faut travailler (ou chercher du boulot qui n’existe pas) pour payer plus d’impôts, remplir son plein d’essence à 70 euros et faire le dos rond en attendant des jours meilleurs, en attendant de vraies politiques incitatives et susceptibles de relancer un espoir durable. 

Mon compatriote dit bonjour à son voisin qui vote Front national, démarre sa voiture et reprend la route vers la réalité. La parenthèse aura été de courte durée et le réveil prend des allures de gueule de bois.