Rémi Groussin, l’exagérateur d’anomalies

Comme d’habitude dans ce lieu, l’exposition se déroule dans les trois salles du rez-de-chaussée, un parcours en trois temps affichant des pans très variés de la pensée du plasticien.

Le premier regard est accroché par une sculpture en parpaing, une structure en quatre parties, chacune surmontée d’une crête animale. Matériau de construction peu habitué aux musées, le bloc grisâtre trouve ici des honneurs inattendus. C’est bien là que se trouve l’une des clés de la démarche du diplômé des Beaux-arts de Toulouse. La méprise, le lapsus sont au cœur de cette salle dont les œuvres constituent des extrapolations basées sur un point de départ erroné.

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En résidence cette année au domaine d’Abbadia à Hendaye, Rémi Groussin présente son travail au sein de la villa Beatrix Enea à Anglet. Intitulée « Ecran total », l’exposition y est visible jusqu’au 31 octobre. 

Rémi Groussin "Wall Over" 300x300cm (photo de l'auteur)
Rémi Groussin « Wall Over » 300x300cm (photo de l’auteur)

 

Comme d’habitude dans ce lieu, l’exposition se déroule dans les trois salles du rez-de-chaussée, un parcours en trois temps affichant des pans très variés de la pensée du plasticien.

Le premier regard est accroché par une sculpture en parpaing, une structure en quatre parties, chacune surmontée d’une crête animale. Matériau de construction peu habitué aux musées, le bloc grisâtre trouve ici des honneurs inattendus. C’est bien là que se trouve l’une des clés de la démarche du diplômé des Beaux-arts de Toulouse.  La méprise, le lapsus sont au cœur de cette salle dont les œuvres constituent des extrapolations basées sur un point de départ erroné.

A même le sol, un projecteur diffuse une courte vidéo (à quelques centimètres du plancher) ; un crépitement dans une lueur blanche, à côté duquel sont posées deux inscriptions sur panneaux de plexiglas. Là encore, l’ordre des choses n’est pas respecté. Par une faute de frappe, une inversion des rôles, la petite installation immerge le spectateur dans un brouillard matinal où les idées sont confuses.

Pour compléter le trio de cet espace, un étrange ciel est représenté sur des carrés d’aggloméré sous verres. Percée par des rivets métalliques, cette carte céleste, couleur carton, brouille les pistes. Les têtes métalliques ont-elles été disposées fidèlement, de manière à reconstituer les constellations ? Mes connaissances limitées en astronomie ne permettront pas d’élucider ce mystère.

Le parpaing anobli par Rémi Groussin (photo de l'auteur)
Le parpaing anobli par Rémi Groussin (photo de l’auteur)

Pour la suite, le visiteur est plongé dans l’obscurité. Accueilli par un aquarium contenu dans des téléviseurs cathodiques, l’ambiance est radicalement différente ici.  Face à ces obsolètes écrans disposés sur une étagère métallique, l’effet anachronique est immédiat est d’autant plus étonnant de la part d’un artiste âgé de vingt-sept ans.  Alors que d’inquiétantes sonorités résonnent, on tourne la tête vers une projection déroutante.  Points de vue inhabituels, contrepieds et contrechamps forment la matière de cette vidéo face à laquelle le regardeur a bien du mal à trouver ses repères. Si déstabiliser est la mission de cette œuvre, elle est pleinement accomplie tant l’interrogation demeure ténue à l’issue du visionnage.

La troisième vidéo est pour le moins surprenante. Elle tient en haleine pendant trois minutes. Pas moins de 180 secondes de suspension qui offre un questionnement plus riche qu’il n’y paraît. L’attente, l’attentisme et le marché de l’art y sont triturés…je n’en dis pas plus, il faut aller voir pour se faire sa propre idée.

La dernière partie du triptyque se révèle une véritable montagne russe. D’un support à l’autre, d’un matériau à l’autre, l’œil rebondit de pièce en pièce sans toujours trouver une logique d’ensemble. Sur un vaste contreplaqué peint en noir, des traces d’affiches arrachées constituent une amusante pixellisation qui peut évoquer le graphisme d’un jeu vidéo des années 1980. A ses pieds, une composition de verres brisés dont le titre « Unbreakable » fait écho au mouvement surréaliste.  En face, un géant chandelier cancérigène puis des cartes à jouer surdimensionnées sont posées sur le parquet. Au fond de la salle trône une sculpture dont les pièces sont emboitées pour former un monstre aussi grand que fragile.

C’est sur « Volcano », que je m’attarde le plus longtemps. Assemblage de quatre écrans plats, cette composition vidéo nous immisce dans un parc d’attractions désert. Le sentiment d’abandon est sublimé par les effets optiques résultants de la symétrie de l’image diffusée. La même séquence ainsi miroitée instaure un tableau mouvant dont l’esthétisme est renforcé par le souffle du dépouillement.

Rémi Groussin "Volcano" (photo de l'auteur)
Rémi Groussin « Volcano » (photo de l’auteur)

 

En quittant les lieux, on a du mal à trouver le fil conducteur dans la production de Rémi Groussin. Très diversifié, son travail repose néanmoins sur quelques idées conductrices parmi lesquelles le malentendu, la contradiction et la remise en question sont en tête.  

 « L’œuvre d’art est une idée qu’on exagère », pensait André Gide. Et quand l’assise est volontairement faussée, le trouble amplifié provoque une profonde confusion, génératrice de nombreuses interrogations sur l’ordre établi.

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Yanik
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