Black & Basque réveille le négro qui est en toi !

Bayonne, samedi 13 septembre 2014. Dans le cadre du Black & Basque, le groupe FFF se produit sur scène quand, entre deux titres, son chanteur Marco Prince harangue ainsi la foule : « On a tous un négro qui sommeille en nous, l’important c’est de le Ré-veil-ler !!! ».

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Bayonne, samedi 13 septembre 2014. Dans le cadre du Black & Basque, le groupe FFF se produit sur scène quand, entre deux titres, son chanteur Marco Prince harangue ainsi la foule : « On a tous un négro qui sommeille en nous, l’important c’est de le Ré-veil-ler !!! ».

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A elle seule, cette phrase résume bien l’état d’esprit d’un jeune festival qui s’est fixé pour ligne de conduite de mélanger les cultures basque et afro dans une ambiance décontractée et sans prise de tête. S’ouvrir et se lâcher dans la rencontre et la diversité, voici le programme d’un évènement désormais bien ancré dans la vie culturelle bayonnaise.  

Pour y prendre part, je me rends le deuxième jour sur le site de la Poterne où se déroulent les réjouissances. Par une fin d’après-midi ensoleillée, j’observe une certaine ébullition aux abords, dans la zone d’animations gratuites. Des enfants expriment leur créativité en dessinant sur de vastes panneaux sombres, des adultes s’intéressent au travail photographique de Mehdi Nédellec ou au graphisme sur le stand tenu par 9e Concept.

Passé les barrières de sécurité, c’est au son de l’euskara (langue basque) que je pénètre dans l’espace concerts où le groupe Damba ouvre la programmation musicale de la soirée. Si le chant sonne local, les rythmes sont quant à eux latino-américains, un des membres du combo étant originaire de Cuba. Il y a de la joie dans cette musique festive dont les influences ne sont pas à chercher bien loin, tant les ombres de Fermin Muguruza, Manu Chao, Sergent Garcia et surtout d’Amparanoia planent au-dessus de leur micro.

 

Art Melody sur la scène du Black&Basque à Bayonne (Yanik)
Art Melody sur la scène du Black&Basque à Bayonne (Yanik)

 

Le prochain artiste à investir les planches vient de plus loin. Art Melody a parcouru 6 000 km depuis le Burkina Faso pour laisser éclater ici sa joie, sa colère et son indignation. La joie tout d’abord pour celui qui ne cache pas son plaisir d’être présent et remercie dès son entrée en matière par le titre « Barka, barka » (merci en langue moré). Soutenu par un duo de musiciens live (un batteur et une percussionniste), le rappeur délivre une prestation débordante d’énergie. Sa voix rugueuse et son charisme ne tardent pas à conquérir le public. Même si l’on ne comprend pas les textes écrits en moré ou en dioula, on devine une vraie rage de vivre chez cet artiste sans concession. Une saine colère couplée à des références historiques qui rendent son verbe conscient, en témoigne l’extrait du discours de Patrice Lumumba entendu à la fin d’une chanson, ou la citation de son illustre concitoyen Thomas Sankara.   

Un rap brut et authentique, obscur dans le style, mais clair dans son esprit, aride par la voix, mais tellement rafraîchissant dans son exécution. Une belle découverte (pas pour moi) à laquelle les spectateurs semblent adhérer, tout comme Angélique Kidjo, la marraine de l’évènement, qui le rejoint au micro pour un instantané burkinabèbéninois des plus rafraîchissants.  

 

Flox face à son bassiste uruguayen (Yanik)
Flox face à son bassiste uruguayen (Yanik)

 

L’intensité descend d’un cran avec Flox dont le reggae électro envahit la nuit étoilée. Entre le rap punchy d’Art Melody et la funky fusion de FFF, programmer cet artiste à ce moment est peut-être la seule petite erreur de la soirée. Un léger bémol cependant compensé par la qualité des compositions du Britannique résidant en France dès son plus jeune âge. Derrière ses lunettes noires, il se partage entre le chant et une console de bidouillage depuis laquelle il distille un dub élégant et exigeant. Accompagné d’une formation complète (guitare, basse, batterie, synthé), Flox dandine son bonnet et triture les boutons pour teinter le reggae instrumental de notes électroniques flirtant par moment avec le trip-hop.  

 

Marco Prince, le rayonnant leader du groupe FFF (Yanik)
Marco Prince, le rayonnant leader du groupe FFF (Yanik)

 

Treize ans après sa dernière production discographique, le souvenir de FFF reste vivace et les amateurs de concerts fougueux n’ont pas oublié le point fort qui fit jadis la réputation de ce groupe : le live.

Venu en masse pour applaudir la tête d’affiche, le public ne sera pas déçu du voyage. Dès la première minute, on comprend que Marco Prince et ses acolytes n’ont rien changé à la formule qui les rendit célèbres. Folie et amplis à fond sont les ingrédients clés de cette formation bouillante comme un chaudron d’où sort une potion euphorisante. Une tromboniste à la silhouette d’Ayo, un autre à chapeau melon, un clavier à casquette, un batteur créole rasta, un bassiste en robe de chambre, un gratteux bondissant et un chanteur ondulant, voici la dream team tant attendue. Non seulement l’équipe n’a scéniquement pas pris une ride, mais en plus ils se la donnent comme des minots de vingt ans. Les textes aussi n’ont pas vieilli, certains étant malheureusement plus que jamais d’actualité comme « Assez de haine ».

Dans la foule, les visages sont radieux et les corps frétillent, prêts à répondre à la moindre requête. Après les avoir invités à libérer leurs instincts, Marco Prince fait de ses ouailles ce qu’il veut ; ça saute, ça lève les bras, ça va à gauche, puis à droite… bref ça s’éclate sans calcul et sans retenue. Mission accomplie !

Le groupe FFF de nouveau sur scène (Yanik)
Le groupe FFF de nouveau sur scène (Yanik)
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Yanik
Je lis, j'écris, je mange, je découvre, j'observe, je bois, j'analyse, je dors, je rêve... Art, Voyages, Afrique, Pays Basque, Liberté, Justice et Démocratie.

6 commentaires sur "Black & Basque réveille le négro qui est en toi !"Donnez votre opinion →

  1. Il s’en passe des choses par chez toi…
    Au fait, Barka= baraka= merci en swahili… pour dire l’influence de l’arabe dans les langues africaines.

    en tout cas, l’ambience devait etre tres grande

    1. Il me semblait que « merci » se disait « asante » en swahili? Quoi qu’il en soit l’influence arabe est considérable dans les langues africaines et en particulier en Swahili dont le berceau se trouve non loin de la péninsule arabique.
      Barka pour ton commentaire!

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