Altéa, collages et décollage

De la rue aux salles d’exposition, Altéa a su transformer les épreuves d’une vie compliquée en étapes vers la réussite. Récit d’un parcours d’artiste atypique, d’une renaissance.

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De la rue aux salles d’exposition, Altéa a su transformer les épreuves d’une vie compliquée en étapes vers la réussite. Récit d’un parcours d’artiste atypique, d’une renaissance. 

Altéa "Pandore"
Altéa « Pandore »

C’est dans la cité Habas la Plaine que j’ai rendez-vous avec l’artiste collagiste. Lorsque l’on évoque ce quartier populaire de Bayonne, on parle rarement de culture, encore moins d’art. C’est pourtant bien ici que je rencontre pour la première fois une artiste dont le travail m’avait interpellé.

Dans son appartement qui fait office d’atelier (à moins que ce ne soit l’inverse), la brune au regard bleu perçant m’accueille en toute simplicité, naturellement. Les présentations faites, je scrute cet environnement unique où tout se mélange. Privée, professionnelle, ne cherchez pas la séparation car les deux sphères s’enchevêtrent, se pénètrent pour ne faire plus qu’une. Mais n’allez pas penser que le tout forme un joyeux bordel, car ce qui pourrait paraître de prime abord comme un capharnaüm est en réalité un espace soigneusement ordonné. D’un côté des piles de magazines ; la matière première des œuvres constituées d’images piochées çà et là. Toutes sortes de titres s’y retrouvent : des modeux, des peoples, des voyageurs, des comics, des vintages… Dans la journée, ils sont épluchés et triturés pour en retirer ce qui saute aux yeux de la créatrice. Les découpages ainsi sélectionnés sont ensuite classés par thème dans des dossiers suspendus contenus dans un vieux meuble classeur métallique.

Une fois les matériaux ainsi sélectionnés et triés vient la phase de création, généralement la nuit. Au son de la musique qui vibre en permanence dans les lieux, les mains recoupent, assemblent, collent, recouvrent jusqu’à ce que le résultat trouve grâce à ses yeux.

Altéa "Déliria"
Altéa « Déliria »

 

Une personnalité, des idées, une œuvre

Mais avant d’aboutir encore faut-il trouver l’inspiration. Base de toute création, elle provient aujourd’hui de trois sources différentes. Par définition esthète, l’artiste s’arrête parfois sur une image qui servira de point de départ à un nouveau projet. Mais l’artiste est aussi littéraire. Celle qui usait sa plume durant l’adolescence n’a pas perdu l’amour des lettres et trouve des jeux de mots originaux qui font souvent mouche. Le verbe en tête, elle part alors en quête de fragments pour l’illustrer. Enfin, l’artiste est engagée et aime à exprimer ses positions. Sur des sujets de société ou des thèmes d’actualité, la citoyenne a son avis et crée des mosaïques de choc, non dépourvues d’humour.

Compositions colorées d’inspiration pop, cyniques satires aux lignes empruntées à l’univers du tatouage ou assemblages surréalistes à la manière de Dali, ses œuvres plaisent au public et ont permis à Altéa de se forger une réputation pleine d’espoir pour l’avenir. Pourtant, rien ne la destinait à devenir artiste.

 

La douleur, ce déclic

Car la jeune femme vient de loin, de très loin. Poussée dans la rue par une violente rupture, elle galère sans domicile fixe pendant plus d’un an. De longs mois de situation critique durant lesquels le feu de la douleur brule en elle. La souffrance étant source d’inspiration, le mal intérieur finit par jaillir et c’est par la technique du collage qu’il se matérialise. Après deux ans de pratique, un ami la pousse à montrer ce travail dans son bar. Le succès est immédiat. Un visiteur lui propose alors une autre exposition et depuis c’est l’enchainement. Elle est emportée par la spirale du succès. Les sollicitations se multiplient et les commandes privées affluent. A tel point que trois ans seulement après sa première exposition, la plasticienne avoue ne vivre que de son art, chose impensable peu de temps auparavant. «C’était totalement inconcevable, au début je faisais ça chez moi, pour moi » se souvient Altéa. De plus, n’ayant pas suivi de cursus artistique, l’autodidacte ne se sentait pas vraiment légitime dans ce nouveau statut. Mais les encouragements ont fini de la convaincre et de la persuader dans une voie qui a accouché d’une nouvelle personne. « Sans ce clash dans ma vie, je n’aurais peut-être jamais franchi le pas de la création » analyse-t-elle avec le recul. De l’art d’extraire du positif à partir d’événements dramatiques, ainsi pourraient se résumer les débuts de l’artiste bayonnaise.

Mais ça c’était avant…car face à moi aujourd’hui se plante une femme épanouie, une personne qui a atteint par son œuvre un certain équilibre ; un être heureux, enfin.

 

 

Altéa "Les fleurs du mal"
Altéa « Les fleurs du mal »

 

 

Dans les semaines à venir, les œuvres d’Altéa seront visibles dans les lieux suivants :

–          Txalaparta, local de l’association Les Bascos (rue J. Lafitte à Bayonne), en septembre

–          Galerie des Corsaires, expo collective sur le thème de la BD du 20/09 au 04/10

–          Ezpel’Art 2, à Espelette en octobre

–          Gainzb’Art, rue des cordeliers à Bayonne, en novembre

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Yanik
Je lis, j'écris, je mange, je découvre, j'observe, je bois, j'analyse, je dors, je rêve... Art, Voyages, Afrique, Pays Basque, Liberté, Justice et Démocratie.

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