Derby basque, les raisons de la désaffection du public

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Institution parmi les institutions, l’opposition rugbystique entre les équipes des deux villes voisines de la côte basque est un incontournable dans la vie des habitants de cette région. D’un côté Bayonne l’authentique prolétaire et de l’autre Biarritz l’aristocrate jet-seteuse s’affrontent pour la suprématie locale au travers de trente gaillards prêts à en découdre pour le plus grand bonheur des supporters qui se précipitent sur les places épuisées en quelques jours.

Sauf que cette année, le scénario habituel n’a pas été respecté à la lettre. Initialement prévue à San Sebastian, le rencontre qui doit opposer dimanche le Biarritz Olympique à l’Aviron Bayonnais se déroulera finalement dans le jardin biarrot. Faute de billetterie conséquente, le conseil d’administration du club rouge et blanc a décidé mardi de relocaliser ce match, par crainte de voir l’enceinte l’Anoeta sonner creux.

Si chacun y va de son explication et de ses sarcasmes quant à cette ultime décision, on peut néanmoins lister au nombre de cinq les raisons de cet échec populaire.

 

1-      Une délocalisation un dimanche en fin d’après-midi

Le rugby professionnel, plus que tout autre sport est ultra dépendant des droits télévisuels et de son partenaire historique en la matière, la chaîne cryptée Canal+. La ligue nationale de rugby n’ayant pas réussi à trouver d’autres canaux cathodiques intéressés par le produit Top 14, la chaîne payante fait la pluie et le beau temps quant aux horaires des retransmissions.

Programmée un dimanche en fin d’après-midi, l’événement a eu du mal à mobiliser les foules dont le retour au domicile aurait été bien tardif pour un jour où la majorité des gens préfère profiter en douceur des derniers instants du week-end en famille.

 

2-      Trop de délocalisations tue la délocalisation

Les délocalisations sont à la mode dans le championnat de France de rugby. Au nombre de 21 la saison dernière, trente étaient prévues pour cette édition 2012-13. Et pour cause, dans un sport à l’économie extrêmement étriquée, les clubs sont friands d’organiser de tels événements, pensant avec jubilation aux recettes de billetterie extraordinaires générées.

Précurseur en la matière, le club biarrot n’est pas à son coup d’essai mais force est de constater que la récurrence des délocalisations (en championnat et en coupe d’Europe) amoindrit la portée d’un évènement devenu somme toute banal, un événement qui n’en est plus un.

 

3-      La crise frappe également les portefeuilles basques

Cet argument pointé du doigt par Philippe Ruggieri, le vice-président de l’Aviron Bayonnais n’est pas à occulter. Interrogé par France Bleu Pays Basque, celui-ci avoue avec humilité que si son club avait du organiser un tel événement, le résultat aurait probablement été du même acabit.

Les temps sont durs pour (presque) tout le monde, et si l’on se place dans la peau d’un ménage moyen, on sait qu’après les vacances d’été et les frais de rentrée, mais avant les fêtes de fin d’année arrivent les avis d’impôts locaux dans nos boites aux lettres.

Dans cette période de morosité ambiante, les gens sont donc dans l’obligation de faire des choix, il semble qu’un déplacement en Gipuzkoa (transport, billet, restauration) ne soit pas une priorité.

 

4-      Le spectacle en berne

Peut de monde l’évoque pour ce match en particulier et pourtant combien de personnes se plaignent de façon régulière du spectacle déplorable offert sur les terrains du Top 14 ?

Tout le monde se souvient de l’insipide finale de la saison dernière devant laquelle des millions de téléspectateurs ont du lutter contre l’endormissement. Si la vitrine de ce sport était peu alléchante ce jour, il faut malheureusement avouer que ce type de prestations à vous décrocher la mâchoire se multiplie sur tous les prés de l’ovalie professionnelle.

Sans être un adepte du « c’était mieux avant », tout un chacun qui suit ce sport depuis longtemps ne peut que constater une évolution négative en la matière depuis l’avènement du professionnalisme. Concentrés sur la densité physique et sur la défense, les techniciens ont privilégié le sport de combat au détriment du jeu. Autrefois jeu de ballon avec des phases de combat, le sport a mué en une discipline d’affrontement physique dans laquelle le ballon occupe désormais une place minime.

 

5-      Des résultats sportifs peu glorieux

Englué dans les méandres du classement, le club bayonnais est une nouvelle fois parti pour faire souffrir ses supporters, une saison de plus. Loin d’être masochistes, ceux-ci continuent à soutenir leur équipe mais renoncent au derby pour les raisons évoquées précédemment.

Quant aux biarrots, ils ne souhaitent peut-être pas se déplacer pour assister à une « affiche » qui opposerait leurs favoris à l’équipe avant-dernière du Top 14.

Une situation analogue s’est déjà retrouvée les années précédentes et n’a pas empêché de combler le stade de la Real Sociedad. Cependant, pour cette édition, cette circonstance se cumule aux quatre autres motifs et participe de la désaffection.

 

C’est donc la combinaison de tous ces facteurs qui a abouti à la décision des dirigeants biarrots qui ont pensé qu’il valait mieux que la partie prenne place dans le stade Aguilera plein plutôt que dans l’enceinte d’Anoeta à moitié vide.

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Yanik
Je lis, j'écris, je mange, je découvre, j'observe, je bois, j'analyse, je dors, je rêve... Art, Voyages, Afrique, Pays Basque, Liberté, Justice et Démocratie.

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